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    Empathie et humanisme 01/06/2019

     

     

     

    Je viens de passer onze jours de calme, une calme lourde et énervante. Par chance le ciel était bleu et nous étions en phase de pleine lune. Onze jours.

    Hier soir, une bande de dauphins me porta le vent. Mon bateau naviguait à un rythme au moins perceptible. Les dauphins, qui   avançaient plus vite que moi, zigzaguaient devant ma proue pour ne pas trop s'éloigner du bateau et rester seuls devant.

    Je fais du pain à la poêle et le réussis très bon. Je lis la Nausée de Sartre et, un policier de J.H.Chasse. Les deux à la fois.

    Je dépasse le récif Ashmore. Le dernier obstacle avant l'Océan Indien. Je me trouve à presque quatre mille milles de ma prochaine escale.  L'océan s'ouvre devant moi, sans récifs, sans lignes de navigation et sans îles dangereuses. Pendant les prochaines semaines je pourrais dormir tranquille. Je pense à l'Indonésie car je n'ai pas prévu de m'arrêter ; mais je ne le regrette pas.

    Non. Je ne fais la collection de escales, ni des pays, ni des trophées. Non! Je cherche la vie, pour la savourer, en faisant attention de ne pas détruire ses secrets. L'Indonésie sera toujours là, et ça me permettra de rêver.

    Tout faire, tout, satisfait seulement notre vanité. La vanité est bien agréable et bouge presque tous les mécanismes de la vie. Mais toute chose faite par vanité perd son sens. L'âme dévient insensible. 

     

     

    Julio Villar / Cahier d'un Navigant Solitaire

     


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    Masum Khan

     

     

        Jusqu'au début du XXI siècle, l'Europe a ignore son déclin démographique  et les défis qu'allait lui poser le vieillissement rapide de ses populations. Le renversement de la pyramide des âges en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Grèce, où le nombre des personnes âgées de plus de soixante ans dépasse celui de moins de vingt ans pour première fois dans leur histoire, n'a retenu l'attention que de quelques démographes et, et encore un nombre plus réduit de politiciens. 

         Au niveau européen, un scénario appelé "Convergence" a été élaboré pour la période 2010-2060. Son ambition est de compenser largement une perte escomptée de 70 millions d'habitants au cours de ce demi-siècle en faisant passer la population de 501 millions en 2010 à 517 millions en 2060. À cette fin, le scénario table sur la venue de 86 millions de migrants, soit 1.720.000 par an - un chiffre comparable à l'afflux record de 2015. 

         Elle part des défis européens - sans apport extérieur, l'Allemagne perdrait 24 millions d'habitants, soit 29% de sa population actuelle, l'Italie 15 millions d'habitants (25%) et l'Espagne 8 millions (18%) - pour trouver la solution aux défis diamétralement opposés auxquels doit faire face l'Afrique sud saharienne. 

         Les démographes de l'ONU ont également scénarisé plusieurs hypothèses d'avenir dans un rapport publié en 2000, Migration de remplacement: est-ce une solution pour les populations en déclin et vieillissantes ?  Leurs projections étaient légitimes et instructives. Ils anticipaient que, pour maintenir la population de l'UE au niveau qui était le sien en 1995, l'Europe communautaire devrait faire venir 949.000 immigrés de plus qu'au cours de la décennie 1990 (857.000). Pour stabiliser sa population active, elle devrait accueillir 1.6 millions d'étrangers par an, soit presque le double des années 1990. Enfin, si elle cherchait à maintenir au même niveau la proportion des actifs et des dépendants, elle devrait accueillir chaque année 13.millions de nouveaux venus. En 2050, les trois quarts de sa population seraient alors des Africains ou des enfants d'Africains -" des chiffres de toute évidence politiquement inacceptables dans tous les pays européens " -, précisent les auteurs du rapport.

         Relever l'âge de départ à la retraite à 69 ans, pourrait contenir cette nécessité de remplacement à 30.000 nouveaux arrivants par an, ce qui desserrerait la contrainte démographique pour la France par exemple.

         Mais, pour ces mêmes experts, il n'y a pas de contrainte du tout ;  l'immigration massive de jeunes Africains n'est ni nécessaire ni utile pour une raison impérative : leur venue n'améliorerait en rien le ratio de dépendance sur le Vieux Continent, car les migrants adultes aideraient à financer le système des retraites avec leurs cotisations, mais compte tenu de leurs familles qui sont, en moyenne plus nombreuses, le gain auprès des retraités serait compensé par le coût de scolarisation, formation, soins, etc.

         En fait, la soi-disant "contrainte démographique" est une mystification (Paul Collier). La venue de bras et de cerveaux socialise une partie du coût du travail que le contribuable supporte, à travers l'État, pour accueillir l'immigré, alors que l'employeur privatise le profit tiré de la main-d'œuvre étrangère. Aussi, les besoins de "Convergence" dans les pays européens différent entre eux.

     

         L'immigration massive a remplacé le chômage, la crise écologique, la stabilité économique, comme une des principales préoccupations des européens, comme nous avons put le constater lors des dernières élections dans les différents pays, avec l'apparition de populismes grandissants et autres politiques protectionnistes (EE.UU). Parmi les pays fortement industrialises, le Japon, fait à nouveau le choix radical de "l'entre soi", limitant farouchement l'immigration dans son territoire et, s'est déjà déclaré fervent croyant de la révolution 5.0, dont son gouvernement a jeté son dévolu économique et sociale pour les 30 prochaines années. À suivre...  

     

     

    Extraits du livre "La Ruée vers l'Europe" / Stephen Smith    

         


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    ingénierie du vivant IV

     

     

    Qu'est-ce que la vie ?

     

         La biologie est l'étude du vivant sous toutes ses formes… sur notre planète.

          Comme aucune trace de vie n'a été détectée avec certitude ailleurs dans l'Univers, la précision peu paraître superflue. Elle permet pourtant d'attirer l'attention sur une lacune que présentent nos connaissances biologiques actuelles, lacune qui subsisterait même si la vie n'existait que sur Terre.

         Sous sa forme la plus forte, cette faille s'exprime par la question générale : " Qu'est-ce que la vie?" .  Toute vie doit-elle ressembler à celle que nous connaissons ici-bas = construite sur la chimie du carbone, contrôlée par l'ADN, constituée de cellules… En d'autres termes : doit-elle être semblable à la nôtre? Ou existe-t-il des alternatives, ne serait-ce que sur le plan purement hypothétique? Les entités qui se reproduisent et qui sont suffisamment complexes pour mériter le qualificatif de vivants, peuvent-elles être construites à partir de matériaux différents et organisées de manière différente ? Et, plus concrètement, de telles entités existent-elles quelque part dans notre galaxie ou au-delà ?

         Certains biologistes définissent la vie par analogie directe avec la situation terrestre : basée sur le carbone, l'eau, la chimie organique, l'ADN, les protéines, etc. Si raisonnable que puisse paraître cette définition, il ne s'agit que d'une pétition de principe, obtenue au prix d'une hypothèse colossale qui n'est étayée par aucune preuve. Pis encore, une telle conception de la vie doit être sans cesse réajustée pour en tenir compte des perpétuelles découvertes faites sur les habitants exotiques de notre propre planète. De nombreuses formes de vie terrestre diffèrent significativement de ce qui était qualifié de vie "normale" il y a cinquante ans. Imaginons deux hommes des cavernes discutant de la notion d'outils. Ils s'accordent rapidement sur deux points fondamentaux : un outil doit être fait de silex et de tenir dans la main. Sinon, pas de moyen pour le tailler, pas moyen de s'en servir. Imaginons maintenant leurs têtes si un homme du futur débarquait avec un bulldozer...

         Pour discuter de formes de vie potentielles -semblable à la notre ou pas -, il faut d'abord s'accorder sur une définition de ce qu'est la vie. Les biologistes ne disposent pas d'une définition universelle acceptée de la vie, mais de plusieurs définitions qui coexistent et donc aucune ne donne entière satisfaction car en définitive, les définitions opérationnelles actuelles de la vie s'attachent à rendre compte en priorité de ce qu'elle fait, plutôt que de ce qu'elle est.

     

     

    Ian Stewart / Les mathématiques du vivant

     

     


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  • Le triomphe de l'imagination

    Daniel Kessel

     

     

     

    Dans un présent soumis à des fortes pressions sociales, écologiques et humanitaires, de nouveaux paradigmes scientifiques, penseurs et artistes revendiquent l'imagination comme outil pour redéfinir notre réalité. 

    Tout au long de notre histoire, les images produites par les arts, celles élaborées par les mythes, narrations orales, l'écriture, le cinéma, la télévision ou les technologies de la communication, ont façonné notre réalité à travers le temps et nos cultures. Dit autrement : nous modelons le monde et la réalité à partir des formes et concepts qu'habitent notre imaginaire.

    Le danger de s'abandonner à la fantaisie (rêve en état d'éveil, courant de désirs) contraste avec la désolation des populations déplacées, l'imminente catastrophe écologique annoncée, les revendications légitimes  des femmes (encore à nos jours) sur leur rôle dans nos sociétés, sont le reflet  de la profonde crise que nous traversons. 

    La peur d'une fracture inattendue, qui de façon naturelle après les grandes guerres et les incontestables avancées sociales obtenues ces dernières décennies et, devaient  garantir une existence équitable est apparue dans la conscience collective. 

    L'imagination fut exaltée comme la faculté humaine plus importante et fondement de la réalité dans la Florence de la Renaissance, ou trois siècles après par les romantiques anglais ou allemands. Nous la retrouvons dans les peintures rupestres, à l'Âge de Bronze, minoens et égyptiens, sufis et taoïstes, Renaissance, romantisme et idéalisme allemand, Goethe, Baudelaire, entre autres trop nombreux pour les citer tous et qui marquèrent durant les siècles d'une consécution linéaire et ascendante, d'un idéalisme que pensons nous, fait partie intrinsèque de l'aventure humaine. 

    L'imagination est la capacité par le biais de la coopération de trouver des solutions créatives aux défis apparues ces deux millions d'années et, qui firent de l'homme une espèce animale différente des autres, le portant là où il se trouve actuellement.

    La réalité donc, elle se créée à chaque instant à travers la conscience participative de tous les êtres vivants.

     

     

    Extrait de l'article "El triunfo de la imaginacion" Sonia Henàndez/ La Vanguardia/ Barcelona 20-01-2019 /

    Bibliographie:

    Daniel C. Dennet/Jacobo Siruela/Patrick Harpur/James Hillman/Agustin Fuentes

    &

     

     

     

     

     

     

     

     


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          Les sons que j'entends sur mon bateau remplissent mes journées et mes nuits. Ils sont enfuis dans mon corps et dans mon âme. Les jours me traversent comme les vagues, les chansons du vent et le glissement de l'eau.

          Tout ceci est ma vie. Mon bateau qui remonte la mer comme une poésie permanente avec comme fond les vagues et écumes.

          Parfois des grands silences avec leurs sensations et leurs couleurs. Nous sommes un homme et un bateau dans l'immensité de la mer. Je ressens la vie dans toute son ampleur. Je n'ai pas peur et j'aime ce silence et j'aime la vie et la mort avec émotion et tendresse.

           Pendant des semaines, Mistral et moi nous avons navigué dans un silence presque total. Seulement si je posais mes doigts sur mes poignés, je sentais les battements de mon cœur

     

     

     

    Atlantique. Long. 32° 15W / Lat. 16°  55 N 

    Julio Villar / Cahier d'un navigant solitaire

     

     

    Bonne Année à Tous


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