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     Nous irons tous au paradis

    Jürgen Vogel 

     

     

    Le dernier étude de l'Itep, " Institute on Taxation And Economyc Policy " des EE.UU, vient d'être publié très récemment. Il en résulte que les entreprises du Fortune 500 (c'est à dire, les plus puissantes au monde) détiennent entre les différents paradis fiscaux, l'équivalent à 2,6 billions de dollars en cumul de bénéfices, partagés entre 9.700 filiales fictives. Bénéfices sur lesquels le taux d'imposition aux Etats Unis  représente 750.000 millions. Le double qu'en 2010.

    Par ordre d'importance, Apple avec 246.000 millions (en Irlande). Apple économise ainsi en impôts 76.700 millions environ. 

    Goldman Sachs, la puissante banque américaine est celle qui possède la plus grande quantité de filiales fictives, 905 dont 511 dans les îles Caïman. Goldman Sachs est le vivier des conseillers économiques de la Maison Blanche. 

    Il faut ponctualiser que le concept de paradis fiscal employé par les analystes du Itep est en lui même discutable : la preuve est que le récepteur le plus populaire de ce groupe n'est pas une île tropicale, mais l'Hollande. Faute d'un critère uniforme, ils sont considérés comme des paradis fiscaux les zones avec un traitement d'impôts très bas ou nuls, ou qui offrent des avantages fiscaux abusives aux non résidents, qui empêchent l'identification des bénéficiaires réels et qui refusent toute coopération avec d'autres administrations. Dont leur appellation de pays offshore ou plateformes transfrontières. 

    Cette basse de donnés est utilisée aussi par l'organisation Oxfam-Intermon, qui vient de publier aussi son étude sur les inégalités, cet argent que nous ne voyons pas. Pendant ces derniers quinze ans, l'investissement mondiale dans ces paradis fiscaux a été multiplié par quatre et depuis 2008 a grandi de 45%, plus du double que l'économie mondiales pour la même période !

    Cette sortie massive des capitaux vers des horizons plus amicaux, se produit au moment dont les gouvernements occidentaux annoncent un programme de significatives réductions d'impôts aux entreprises.

    L'organisation Oxfam-Intermon, suggère de son coté quelques mesures de control, pour diminuer la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux. Introduire des mécanismes pour empêcher les contrats publiques aux entreprises qui opèrent via des plateformes financières défiscalisées. Aussi, obliger aux grandes entreprises à publier leurs donnés comptables pays par pays. Harmoniser une base fiscale imposable au niveau européen. Mais logiquement, il faudrait déjà se mettre d'accord sur la définition même de paradis fiscal.  

    Ces énormes sommes d'argent mises à l'écart des projets sociaux dans les pays où elles sont produites, représentent un manque de solidarité flagrant. Le consommateur, qui prend conscience depuis quelques années de la qualité environnementale qui régis aussi bien sa santé, que la qualité de sa vie sociale, finira par comprendre le pouvoir énorme qui détient par son rôle de consommateur et pourrais pénaliser par son simple choix ces entreprises qui s'enrichissent en contournant les lois. Aujourd'hui toutes les grandes entreprises qui fabriquent des objets de grande consommation, producteurs ou prestataires de services, ont des nombreux concurrents, souvent plus petits mais qui offrent des produits et des services de qualités comparables, parfois supérieures, à des prix souvent inférieurs...et qui payent leurs impôts dans les pays où ils produisent, travaillent et emploient de la main d'œuvre locale dans le respect des lois... dans le respect de nous tous.

     

    Piergiorgio M. Sandri / La Vanguardia                                                                            angepynka

     

     

     

     

     

     

     


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    Intéressante conférence de Michel Onfray 

     

     


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    Comprendre le monde

    paolobarzman

     

    "La mémoire oubliée"

    V

     

    Philosophies de l'underground

    L'étique amorale : Herman Hesse

     

          Hesse c'est un autre prophète indiscutable de "l'underground", un véritable livre de texte pour tous ceux qui quittent le système :  son Théâtre Magique, est une anticipation des visions sous lsd ; son Voyage à Orient une prémonition du nouveau Chemin de Santiag, qui est Katmandu ; ses personnages, archétypes avec lesquels s'identifient des milliers de jeunes dans tout l'Occident.

           Herman Hesse est lu dans "l'underground" parce que il actualise une question de fond présentée déjà par Dostoïevski et plus tard par Nietzche: la nécessité d'une nouvelle étique. Une étique personnaliste qui puise offrir à l'homme  les degrés de liberté morale, proportionnés aux besoins vitaux qui lui ouvrent la technologie et, à la démystification mental causée par la science.  La vieille morale judéo chrétienne est trop étroite pour l'homme contemporain, qui se trouve face un excédent de répression qui ne sais plus s'auto justifier.

           L'œuvre de Hesse a un profond désir de relevance sociale, centrée dans la recherche urgente et anxieuse d'un modèle humain qui catalyse les idéaux des européens vers un futur libéré de cette culture brugeoise, violente, exploitante et destructive, qui ampute les valeurs intellectuels,  pendant quelle anesthésie avec le progrès matériel, comme dans la phrase de Durrell, " empoisonne les jeunes avec les humanités et, plus tard ne les apprend aucune ".  

           Hesse comprends que le changement social souhaité par l'homme moderne, est une dialectique individu-société, et dans le rôle des priorités opte pour travailler sur la transformation individuelle. " En référence à nation et collectivité, que chacun agisse selon ses besoins et conscience. Mais si dans ce procès il se perd à soi même, son propre esprit,  toute chose faite, n'aura aucune valeur ".

     

     

     

    Luis Racionero/Filosofías del Underground/1987


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    " La mémoire oubliée "

    IV

     

    " Comment l'idée de croissance économique est elle devenue un lieu commun? Par quelle -révolution- dans l'histoire de la pensée, la notion d'une économie de croissance est elle venue à s'imposer dans la modernité, et presque universellement, non seulement comme un bien en soi, mais comme un phénomène naturel?.

    L'œuvre de celui que nous pourrions nommer comme le père fondateur de l'économie, le philosophe Adam Smith (Richesse des Nations 1776), connaît depuis quelques décennies un regain d'intérêt, non seulement par les spécialistes de la pensée économique, mais aussi d'historiens des sciences sociales, des humanités, ainsi que des philosophes.

    En étudiant de près l'œuvre de Smith, apparaissent clairement au delà des enjeux économiques, des motivations plus fondamentales, celles de sa propre conception de la relation de l'homme avec la nature ; en particulier, sur les origines et la condition première de l'humanité. Smith a imaginé l'économie, pour arracher l'homme primitif de sa dépendance de la nature. Tout au moins au stade misérable de survie".

     

    Christian Marouby/Economie de la Nature/Essai sur Adam Smith et l'anthropologie de la croissance 

    "Pourtant, quand Colón arriva en Amérique du Sud, ne trouva pas des indigènes affamés ou malheureux "

     

      

     Les Papalagui (les hommes blancs)

    Propos de Touiavii, à sa tribu de Samoa sur l'homme Blanc. Recueillis par Erich Scheurmann (1920) 

     

    "...Parle à un européen du Dieu de l'amour. Il fait la moue et souri. Il sourit de la naïveté de ta pensée. Mais tends lui un morceau de métal rond et brillant ou un grand papier, aussitôt ses yeux s'éclairent. L'argent est son amour; l'argent est son idole. Tous les blancs y pensent, même quand ils dorment. Il y en a beaucoup qui ont donné leur joie pour l'argent, leur sourire, leur honneur, leur conscience, leur bonheur et celui de leurs familles.

    Aux pays des Blancs, il n'est pas possible de vivre sans argent du lever au coucher du soleil. Même pas une seule fois. Sans argent du tout, tu ne pourras pas apaiser ta faim ni ta soif, tu ne trouveras pas de natte de nuit. Tu dois payer, cela veut dire, donner de l'argent, pour le sol où tu te promènes, pour l'emplacement où se trouve ta hutte, pour ta natte de nuit, pour la lumière qui éclaire ta hutte. Et pour avoir le droit d'abattre un pigeon et pour plonger ton corps dans le fleuve.

    D'où vient l'argent? Comment peux tu recevoir beaucoup d'argent? Oh ! de multiples façons, faciles ou difficiles. Quand tu coupes les cheveux à ton frère, quand tu lui enlèves les ordures devant sa hutte, quand tu mènes une pirogue sur l'eau, quand tu as une grande idée... Oui, il faut être juste : si tout exige beaucoup de papier et de métal rond, tu peux aussi en obtenir facilement pour toutes les actions de cette sorte. Tu dois seulement accomplir un acte qui s'appelle travail. Mais là, règne une grande injustice à laquelle le Papalagui ne songe pas. Il ne veut pas y penser, parce qu'il devrait ensuite reconnaître son injustice. Parmi ceux qui ont beaucoup d'argent, tous ne travaillent pas beaucoup. Tous voudraient même avoir beaucoup d'argent sans travailler."  

    Lien / Les Papalagui

     

    " Travail: ce qui est susceptible d'introduire une différence significative dans le champ du savoir, au prix d'une certaine peine pour l'auteur et le lecteur, et avec l'éventuelle récompense d'un certain plaisir, c'est à dire d'un accès à une autre figure de la vérité ".

     

    Peut être dans deux siècles ou avant, nous serons enfin prêts pour coloniser de manière durable la planète Mars. Ceci sera la plus grande prouesse accomplie par notre civilisation. Un acte fondateur pour "une nouvelle histoire".  Les quelques premiers habitants martiens issus de la Terre, seront sans doutes des citoyens modèles, hautement qualifiés pour mener à bien cette grande geste tant attendue, d'exporter notre civilisation, la continuité de nos vies vers une autre planète. Ces premiers pas ressembleront fortement aux premiers réalisés par l'homme sur Terre. Naissance, survie, reproduction, dans un environnement hostile. Avant la connaissance, l'homme primitif se montra particulièrement résistant. Ces terriens, les premiers à partir, laisseront une planète exubérante de richesses et de connaissances maitrisées. Quel modèle sociale pour ces enfants de la Terre?


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    " La mémoire oubliée "

    III 

     

    Des inégalités sociales accentuées?

    L'Occident Médiéval XIII-XV Siècle

     

          Au début du XIV siècle, la hiérarchie sociale est rigide et uniforme. Un patriciat réduit  est maître du sol urbain. Ce patriciat (le terme désigne l'aristocratie bourgeoise des villes) monopolise les pouvoirs économiques et politiques dans la ville; au-dessous, les maîtres des métiers, possesseurs d'un atelier ou d'une boutique et propriétaires de leurs outils, travaillent avec leur famille, un ou deux apprentis, un ou deux valets (ouvriers salariés), parfois un peu plus; puis les "gens mécaniques", salariés à la tâche ou à la journée, toujours à la merci du chômage ou d'une crise de subsistance qui fait grimper le prix du pain; pauvres et mendiants enfin.

          Dans les villes méridionales, dans les villes d'Allemagne rhénane et danubienne, vit souvent la noblesse, alors même qu'elle possède châteaux et domaines dans la campagne d'alentour. Dans les villes italiennes, la noblesse a été exclue du pouvoir urbain dans la seconde moitié du XIII siècle. C'est le cas à Florence avec les ordonnances de justice de 1293: elles fondent le gouvernement du second popolo sur la base d'une alliance entre le patriciat bourgeois et le popolo qui représente ici  l'ensemble des gens de métiers; on distingue le popolo grasso , dont les membres  appartiennent aux arts majeurs (les métiers plus riches et mieux considérés), du popolo minuto représentant les arts mineurs. À Strasbourg, on distingue très officiellement un patriciat noble d'un patriciat bourgeois.

          Dans les villes industrielles (leur principale activité est le textile), la division du travail est très poussée et, en conséquence, de nombreux métiers interviennent dans le processus de fabrication du produit.

          Ces inégalités très fortes ont été renforcées par la crise, mais cela n'a pas entraîné une concentration des ateliers en fabrique. Les réglementations urbaines, comme les réglementations des métiers sont très strictes sur le maintien de ces petites unités de production que sont les ateliers, sur le respect de normes de fabrication destinées à garantir au client une qualité constante  et tendent à empêcher une concurrence déloyale entre les fabricants.

          Pourtant la misère augmente avec les difficultés imprévues de la crise. Apparaissent les "pauvres honteux", la "pauvreté laborieuse de cette époque". La crise a souvent laissé l'individu isolé, désemparé.   

     

     

    L'Occident Médiéval XIII-XV Siècle/Alain Demurger/Les Fondamentaux

    Alain Demurger est maître de conférences à L'Université Paris I - Sorbonne

    et travaille principalement sur l'histoire des croisades et l'administration royale

    dans la France médiévale.

     

     

    " La technologie certes a beaucoup  progressé. Mais socialement, avons nous vraiment sorti du Moyen Âge ? "

     


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