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    La notion d'évolution

    Lorraine

     

     Les lois de la thermodynamique

     

        Le fait que le monde évolue est pour nous une évidence. Depuis deux cents ans, l'Homme s'est habitué à un progrès scientifique et technique permanent. Ce progrès est de plus en plus rapide. Il ne cesse de s'accélérer. Cela nous paraît dans la nature des choses. la plupart d'entre nous pensent que cela va continuer indéfiniment. Peu d'entre nous réalisent que cela n'a pas toujours été. Fort probablement cela ne sera pas toujours.

     

        Au Moyen-Âge les progrès étaient si lents qu'ils étaient imperceptibles. La notion d'évolution est absente de la littérature de cette époque. La perception était que l'humanité avait toujours été telle qu'on pouvait l'observer, c'est à dire dans l'état où Dieu l'avait créée. Les peintures montrent la Sainte Famille en habits de Moyen-Âge.

     

        Il semble que tout ait commencé vers la fin XV siècle avec le développement de la typographie par Johannes Gutenberg. À cette époque on considérait que l'explication du monde était dans la Bible. On a donc imprimé la Bible. Pendant tout le XVI siècle, les gens apprenaient à lire pour lire la Bible. Il y a eu une immense vague d'alphabétisation.  En apprenant à lire la Bible, les gens apprennent à penser par eux mêmes. Michel de Montaigne incite ses lecteurs à la réflexion philosophique. Les livres se multiplient

     

        Au XVII siècle, des savants comme René Descartes pensent et font savoir qu'il est possible de comprendre le monde indépendamment des croyances religieuses. C'est la montée d'une pensée rationnelle appelée "cartésianisme". Blaise Pascal hésite entre la religion et la raison. Il fait son fameux "pari".

     

        Au XVIII siècle, les livres deviennent si nombreux que le besoin se fait sentir de "comprimer" l'information et, de ressembler toutes  les connaissances de l'humanité dans un seul livre. C'est l'Encyclopédie de Denis Diderot et de Jean le Rond d'Alembert ou "l'Histoire naturelle" de Georges Louis Leclerc, comte de Buffon. La réunion de toutes ces connaissances éclaire l'humanité. C'est le Siècle des Lumières.

     

         En lissant l'Histoire naturelle de Buffon, on y apprend qu'on trouve un peu partout  des vestiges de coquillages en haut des montagnes. Ces coquillages ressemblent à ceux que l'on trouve dans l'océan. Certaines roches des montagnes auraient elles été un jour sous la mer ? L'écossais James Hutton identifie de la lave dans son jardin. Y aurait-il eu un jour des volcans en Écosse ? Peu à peu l'évidence se fait jour. La Terre évolue.

     

        Moins d'un demi-siècle plus tard, Jean Baptiste de Lamarck étudie d'abord la botanique puis la zoologie. Il se passionne ensuite par la paléontologie. Celle-ci nous enseigne que des organismes vivants ont existé qu'on ne trouve plus maintenant. De toute évidence les espèces végétales et animales évoluent. Bien plus, elles évoluent du plus simple vers le plus complexe. Dans sa "perfection", l'Homme serait l'aboutissement de l'évolution.  Un nouveau demi-siècle plus tard, Charles Darwin publie un livre sur l'origine des espèces par la sélection naturelle. Le mécanisme de l'évolution se fait jour.

     

        En 1916, Albert Einstein publie son équation reliant la forme de l'espace-temps à la distribution d'énergie À son grand étonnement, l'Univers parait variable dans le temps. L'idée d'un univers qui évolue semble impensable à Einstein. Il ajoute ç son équation une constante, dite "cosmologique", à fin de rendre l'Univers statique. En 1929, Edwin Hubble montre que l'Univers est en expansion. Einstein qualifiera l'ajout d'une constante cosmologique, comme étant la plus grande bourde de sa vie.

     

        Ainsi non seulement la vie et la Terre évoluent, mais l'Univers lui même évolue. Si tout évolue, y a t-il des lois qui régissent cette évolution ? 

     

     

    François Roddier

    Thermodynamique de l'évolution

    Un essai de thermo-bio-sociologie/Le temps d'apprendre/éditions parole


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    Empathie et humanisme 10/11/2020

     

     

     

     

     

    Le pays au complet est raciste. Officiellement. Blancs, métisses et noirs ne s'acceptent pas. Légalement les forts écrasent les faibles et tout le monde s'ignore. Il est difficile de croiser dans la rue un reflet même hésitant de complicité. Les personnes font partie du paysage. Des choses animés qui remplissent les chemins

    Je suis dans une ville qui n'est pas la mienne et, j'ai le privilège d'être étranger. Je viens de l'extérieur et je suis libre. J'ai été libéré par mes nuits de mer. Je n'ai pas de peurs ancestrales, ni me gênent les coutumes sociales. Je croisse tout le monde, parle avec eux

    Je vois les choses depuis ma distance, depuis mon ego remplie de nuits solitaires. Il me semble percevoir que toutes ces gens manquent de courage. Courage pour obtenir le futur qu'ils souhaitent. Courage pour être honnêtes et forts. Courage pour manifester leur désaccord, le dire, protester et dénoncer l'injustice.

     

     

     Afrique du Sud 1971

     

     

    Julio Villar / Cahiers d'un navigant solitaire


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    Quo vadis little men

     Keith Laumer/The last command

     

    L'AUTONOMIE DE LA NATURE

     

        L'émergence de la cosmologie moderne résulte d'un processus complexe où sont mêlés, l'évolution de la sensibilité esthétique et des techniques de représentation. L'expansion des limites du monde, le progrès des arts mécaniques et, la maîtrise accrue qu'il autorisait sur certains environnements. Le passage  d'une connaissance fondée sur l'interprétation des similitudes à une science universelle de l'ordre et de la mesure, tous facteurs qui ont rendu possible l'édification d'une physique mathématique, mais aussi d'une histoire naturelle et d'une grammaire générale. 

            Les mutations de la géométrie, de l'optique, de la taxinomie, de la théorie du signe émergent d'une réorganisation des rapports de l'homme au monde et des outils d'analyse qui l'ont rendue possible, plutôt que du cumul des trouvailles et du perfectionnement des habilités. 

           "Ce ne sont pas les découvertes qui ont provoqué le changement de l'idée de Nature. C'est le changement de l'idée de Nature qui a permis ces découvertes" (Merleau-Ponty) 

            La révolution scientifique du XVII siècle a légitimé l'idée d'une nature mécanique où le comportement de chaque élément est explicable par des lois, à l'intérieur d'une totalité envisagée comme la somme des parties des interactions de ces éléments.

     

     

    LA CHAÎNE DE L'ÊTRE

      

    Quo vadis little men

                Bamiléké - Cameroun                              Portail de La Majesté-Gothique XIII-Castille & Leon

     

     

        Une première esquisse de ce que pourrait être une ontologie analogique, nous est offerte par cette conception du plan et de la structure du monde, presque hégémonique en Europe, durant le Moyen Âge et la Renaissance, que l'on connaît d'ordinaire sous le nom de "grande chaîne de l'être". Retraçant le genèse de cette configuration singulière, Arthur Lovejoy en voit l'origine chez Platon, dans ce qu'il appelle "le principe de plénitude"; celui-ci résulte d'une tension entre la multiplicité infinie des idées éternelles formant les archétypes immuables, dont chaque existant matériel ou immatériel n'est qu'une copie amoindrie, et l'unité fédératrice conférée à l'une de ces idées en particulier, celle du Bien, qui fonde l'existence du monde et irrigue de sa perfection toutes les entités qu'il contient. 

     

     

     

       

     Philippe Descola/Par-delà nature et culture

         

     

     

     

     

     


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    La dignité esthétique de l'être humain

    Hugh Letheren

     

     

     Les grammaires de l'intelligence

     

              C'est une idée bien commune, que ce qu'il y a de premier sur la voie de la pensée, c'est l'association d'images. Si primitif qu'en puisse paraître l'exercice, il n'est pas cependant dépourvu d'une certaine logique ; les images associées dans le souvenir et le jeu de l'imagination ne se relient pas n'importe comment. Elles renvoient les unes aux autres selon l'ordre de l'évocation, une grammaire que l'on dira iconique. Sur cette grammaire, chaque individu dispose son histoire privée d'une façon qui n'appartient qu'à lui. Son imagination compose sur des associations résultant à la fois des expériences qui tissent la trame narrative de son histoire propre, et de la façon dont, suivant son affectivité, il a associé les images entre elles, en les connotant de façon positive ou négative. Ces connotations qualitatives suivent des variations extrêmement subtiles, où se marquent autant d'impressions différentes que le sujet retrouve ou se revit dans le souvenir.

     

              Chacun  n'y communique que avec soi même, comme dans le rêve

     

     

     

    Jean - Marc Ferry est philosophe et professeur à l'Université libre de Bruxelles 

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    Laura Amakabresku

     

     

    Nous sommes des individus à la recherche de reconnaissance  

     

      Notre relation avec le monde est une relation physique, sensorielle et affective. 

    L'idéologie des années soixante était de changer le monde ; aujourd'hui c'est de changer mon corps avec de la cosmétique, chirurgie, implants et diètes. 

    Aujourd'hui le corps est comme une prothèse de notre identité. Une représentation "souhaitée" de notre personne. 

    Les tatouages sont une bonne illustration : chacun prétend se différencier avec le sien, mais les graphismes étant limités, il y a des millions de personnes qui portent le même. C'est une bonne métaphore du monde actuel. 

    D'autre part, notre monde est celui d'une humanité assise face aux écrans, le volant des voitures...comme si le corps serait quelque chose d'inutile, superflue, anachronique. 

    La marche à pied est une forme de résistance ; une façon de retrouver la jouissance sensorielle du monde : voir, observer, minimiser l'action en éliminant toute appréciation inutile. 

    C'est bénéfique, car au moment de quitter la maison, nous sommes immédiatement intervenus par des critères utilitaristes, qui définissent à ta place où tu dois aller, le parcours et le moyen de transport. De même, le silence est une autre forme de résistance; de protéger une dimension intérieure face à des agressions externes. 

    La culture industrielle et massifiée qui cherche principalement le bénéfice, ne nous apprend pas à penser le monde, mais à le reproduire. Elle est plus présente dans le bruit continu que dans la conversation ou le silence. 

    De là, la nécessité de disparaître de soi même, qui signifie: ne plus supporter les responsabilités inhérentes à notre identité sociale, professionnelle, amicale, familiale... 

    C'est le sentiment d'être saturé de soi même, de cet effort permanent qui nous pousse finalement à fouir, à ne plus être là. 

    Il y a quelques pratiques comme marcher, voyager ou se dédier à la jardinerie, et d'autres plus douloureuses comme la dépression ou les drogues. Chacun de nous est un continent et, certains d'entre nous refusent les ponts. 

    Chacun de nous est immense. Nous avons des innumérables personnalités qui se manifestent selon les circonstances, mais nous vivons dans un monde de repli sur nous mêmes et dans un monde virtuel. 

    Nous avons délaissé la conversation, car la communication par le biais des moyens technologiques est purement utilitaire. La conversation implique le corps, le visage, la voix, la présence, l'attention envers l'autre. La conversation est l'un des valeurs les plus menacées et appréciées en notre actualité. 

    Nous sommes créatures chargées d'émotions, de signification. Seul existent les interprétations que nous faisons du monde qui nous entoure et, cependant, sans nos regards le monde n'existe pas. Et il y a des millions d'interprétations qui sont soumises à la médiatisation. 

    Le souhait de retourner vers la nature est une réalité qui correspond à un besoin de changement des valeurs. Le nombre de personnes qui marchent sur le monde augmente et, ces marcheurs sont solidaires et ouverts. 

    Dans cette marche nous rencontrons  cette dimension collective et en même temps la dimension individuelle ; une façon de ne pas nous laisser voler notre temps. Mais nous devrions éviter de voir le monde comme ceci ou cela, mais plutôt comme ceci, cela et puis encore.

    Les chiffres font peur : un entre cinq adolescents se trouve en situation de stress et tombe en conduite à risques; d'autres, dans le consumérisme. 

    La recherche volontaire du coma pendant les saouleries, les crises alimentaires, la violence, la toxicomanie, dans les proportions actuelles, sont récentes.

    Les jeunes aujourd'hui sont désorientés, ils ignorent leur avenir, ils ne sont pas sûrs de la valeur de leurs vies ; ils doutent de leur place dans ce monde et ils vont la chercher ailleurs. Le consumérisme essaie de colmater cette brèche en les donnant des points de référence.  

    La globalisation est un fait, donc nous devrions devenir de plus en plus des citoyens du monde ; malgré cela, nous perdons le sentiment de solidarité. Nous sommes des individus à la recherche de la reconnaissance. 

     

     

    David Le Breton est professeur de Sociologie et Anthropologie à l'Université de Strasbourg 

    Ima Sanchís/ La Vanguardia 07/01/2020

     

     

     

     

     


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